Exploitation Durable des Ressources
Estuariennes de la région de Ziguinchor
EREZ
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une proposition
pour l'an 2007
La proposition du projet est particulièrement basée
sur le rapport final, intitulé « propositions d’un projet
pour l’exploitation durable des ressources estuariennes de la
région de Ziguinchor », résultat d’une étude
de faisabilité réalisée par John Lucas
Eichelsheim, Vaque N’Diaye
et Marc Verdegem entre décembre 1996 et janvier 1997.
Maître d’ouvrage : l’ambassade
Royale des Pays-Bas à Dakar.
Pour les données des zones
d'interventions et une
introduction de la région de la Casamance et de ses populations
retournez à la page d'accueil.
IDEE Casamance
a investit beaucoup d'énergie et de temps
pour la collecte des données. Même si nous
ne disposons pas du copyright des données, une copie de notre
travail sans mention de la source est considéré comme
vol intellectuel.
La production aquatique dans la région de Ziguinchor.
La pêche, le traitement et la commerce
en produits halieutiques sont des activités importantes.
Aujourd’hui il y a ± 8200 pêcheurs recensés dans la
région de Ziguinchor (Figure 3). Si on considère qu’en
moyenne 5 personnes travaillent par permis de pêche, la
pêche donne emploi à 41 000 personnes (employés
partiellement), représentant ± 10 % de la population.
Depuis 1984, le nombre de pirogues à moteur a augmenté de
284 jusqu’à 712. En même temps que le nombre de bateaux
à moteur a augmenté, le nombre de bateaux
non-motorisés a diminué.
- Nombre de pêcheurs recensés, pirogues
motorisées et pirogues non-motorisées dans la
région de Ziguinchor pendant la période 1983-2000.
Source: Graphique basé sur les données fournies par le
Service de Pêche à Ziguinchor.
Les quantités de produits halieutiques capturées
mensuellement sont plus ou moins stable durant l’année.
Cependant, il y a quand même des fortes variations
annuelles
en captures totales recensées (Figure 4), surtout pour les
captures de crevettes et les débarquements d’huîtres. Ceci
a des répercutions sur les revenues monétaires des
pêcheurs et des agriculteurs. Un autre phénomène se
déroule dans les villages côtiers où des grosses
quantités de produits halieutiques sont pêchées qui
n’entrent pas dans les statistiques du Service de Pêche.
- Captures annuelles de poissons, crustacés et mollusques
dans la région de Ziguinchor
Source: Graphique basé sur les données fournies par le
Service de Pêche à Ziguinchor.
- La production aquatique dans les bolongs et les bassins
traditionnels.
Les principales espèces capturées dans les bolongs et les
bassins traditionnels peuvent être
catégorisées dans les groupes tilapia sp. (Tilapia
guineensis, Sarotherodon melanotheron) mugil sp. et arius sp. Ce sont
des espèces euryhalines qui migrent dès que
possible des eaux sursalées vers des eaux saumâtres ou
même douces. Quand la salinité
monte, seulement les tilapias survivent des salinités au-dessus
de 80 pour mille Dans l’estuaire de la Casamance on trouve aussi
la crevette Penaeus notialis. Les larves vivent dans les zones
moins profondes tandis que les adultes sont capturés dans les
eaux profondes (chenal). Les captures mensuelles et les valeurs
correspondantes des quatre catégories mentionnées
au-dessus, sont représentées dans les figures.
- Captures mensuelles de tilapia sp., mugil sp., arius sp. et
crevettes en 1994-1996
Source: Graphique basé sur les données fournies par le
Service de Pêche à Ziguinchor.
Les espèces représentées dans les Figures 5 et
6 sont aussi capturées dans les bassins traditionnels. La
production obtenue à la fin de la saison des pluies dans les
bassins traditionnels est en moyenne égales à 355 kg ha-1
(référence du village de Djivente), ce qui est faible.
Pendant la saison sèche les drains des bassins traditionnels,
munis de nasses fonctionnent comme un piège à poisson. En
fonction des marées l’eau entre ou
sort du bassin traditionnel et les nasses sont placées avec
l’ouverture face au courant. Les espèces principales
capturées sont T. guineensis et S. melanotheron. Les poissons
sont petits (au-dessous de 12 cm) et destinés à
l’autoconsommation. Bien que les quantités capturées
à chaque marée soient très faibles (0.25 - 1.0 kg
; observation personnelle) la totalité piégée
durant la saison sèche peut arriver à 50-150 kg par
nasse. Les grands bassins visités pendant la mission avaient
dans la digue périphérique des tuyaux munis de nasse tous
les 80-120 m. Jusqu’aux nos jours, il n’y a pas d’études
sur le fonctionnement et les rendements des bassins traditionnels en
saison sèche.
- Valeur des captures dans la
région
Source: Graphique basé sur les données fournies par le
Service de Pêche à Ziguinchor.
- L’ostréiculture traditionnelle.
Pendant la saison sèche, les femmes récoltent des
huîtres, dont une partie est vendue au marché.
Dans quelques villages (Bignona, Djivente, Karabane) les huîtres
sont maintenues vivantes, parfois pour plusieurs semaines, avant
d’être transportés au marché. Cette pratique
était déjà stimulée par l’administration
coloniale. Plus récent, Salem (1991) a décrit l’emploi
des bâtons de rôniers piqués verticalement dans la
boue dans la zone des marées pour attacher les naissains
d’huîtres. Maintenues sur les bâtons de rôniers, les
huîtres obtiennent une forme plus régulière que les
huîtres collectées sur les racines de palétuvier.
Parfois, les bâtons de rôniers sont placés
dans les bassins traditionnels.
- L’aquaculture en Basse Casamance.
Différentes organisations promouvaient l’aquaculture. L’histoire
et les principales techniques essayées sont décrites dans
l’Annexe I. Il s’agit (a) de l’élevage de tilapia (T. guineensis
et S. melanotheron) en enclos, (b) de la reproduction en
captivité et de l’élevage intensif de crevettes
(espèces locales et importées), (c) de
l’ostréiculture et (d) de l’aménagement des bassins
traditionnels pour la culture des tilapias. Aujourd’hui,
l’infrastructure nécessaire pour le développement de la
production animale au niveau industriel n’est pas présente dans
la région de Ziguinchor. La contrainte principale est la
pénurie d’aliments. Le projet de crevetticulture à
Katakalousse n’a pas été un succès, principalement
par manque d’un bon aliment formulé. En plus, les
salinités élevées pendant la deuxième
moitié de la saison sèche empêchent
une croissance favorable pendant toute l’année. La
salinité
limite la zone convenable à la production aquatique d’un bout
de l’année à l’autre. Cela est seulement possible
à l’embouchure de l’estuaire de la Casamance où la
salinité
ne dépasse pas les 36 °/°°.
- Dégradation de la production
rurale :
La Casamance est la région la plus humide du
Sénégal, avec une précipitation moyenne à
Ziguinchor de 1
392,6 mm par an pendant l’époque 1918-2002 (Figure 8). Du
début des années soixante-dix, la pluviométrie
annuelle a diminué d’une façon catastrophique. Dans
la période 1970-1995 la pluviométrie annuelle
était
1 135,7 mm, ce qui est 25,37% plus basse que la pluviométrie
moyenne de 1 521,8 mm pendant l’époque 1918-1969 (Figure
8). Avant 1970, les années avec une précipitation plus
haute que 2 000 mm étaient assez fréquentes tandis
qu'après 1970 seul 1978 atteignait 1 512,1 mm. Nous pouvons
noter une hausse de 22,16% à partir de 1996 avec une moyenne de
1 387,4 mm. Parallèlement, la fréquence des années
avec moins de 1 000 mm de pluie a augmenté, donnant moins des
possibilités à la nature de se recouvrir après une
époque de sécheresse extrême.
- La pluviométrie à Ziguinchor (mm par an) pendant
l’époque 1918-2005. La ligne horizontale représente la
pluviométrie moyenne avant 1970, entre 1971 et 1993 et
après 1994
Source: Graphique basé sur
les données fournies par les stations
météorologiques de Ziguinchor.
En 1980 la pluie annuelle était la plus basse avec 699 mm.
Dans les années sèches, les pluies commencent 1 á
2 mois plus tard que dans des années humides (Figure 9). En
conséquence, la saison de pluie est beaucoup plus courte dans
les années sèches.
C’est clair qu’une réduction de la pluie annuelle moyenne de
32% doit avoir des fortes conséquences sur l’écologie et
sur la production agricole. Bien qu’on ait eu toujours des
années sèches, les années consécutives avec
des pluies abondantes sont devenues de plus en plus rares.
L’écosystème estuarien de la Casamance a besoin des
époques pluvieuses
pour maintenir sa diversité et sa productivité.
Aujourd’hui, plusieurs paramètres indiquent la
dégradation du milieu estuarien.
- La pluviométrie la plus haute (1924) et la plus basse
(1980) pendant l’époque 1918-2005
Source: Graphique basé sur
les données fournies par la Station météorologique
de Ziguinchor (Institut Sénégalais de Recherches
Agricoles).
Le Casamance est une rivière dont la quantité en eau
douce transportée annuellement dépend uniquement de la
pluviométrie. Elle est dotée d’une
vaste zone estuarienne et draine un bassin versant d’environ 14
000 km2 (Diouf 1987). Les courants des marées sont beaucoup
plus importants que le débit de l’eau douce (2500 m3 s-1 contre
100 m3 s-1 à Ziguinchor). A cause de la petite contribution de
l’eau douce aux mouvements de l’eau dans l’estuaire et tenant compte
d’une évapotranspiration qui est plus grande que la
précipitation, la salinité annuelle moyenne monte d’amont
à aval.
Des grandes surfaces ont une salinité de plus de 70 pour
mille durant grandes périodes de l’année. La
situation de l’estuaire de la Casamance est unique en Afrique.
Seulement en Amérique Latine on trouve 2 estuaires identiques.
Pendant l’hivernage (saison des pluies) la salinité diminue
graduellement, et elle monte á une concentration plus haute que
la salinité normale du milieu estuarien (36 °/°°)
pendant la saison sèche (Figure 10).
- Rapport pluie mensuelle - salinité pendant
l’époque 1997-2000 à Ziguinchor
Source: Graphique basé sur les données fournies par
l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles.
Durant la période humide antérieure à 1970, un
équilibre dynamique s’était établi entre d’une
part l’accumulation des sels dans le
milieu par les apports depuis la mer et l’évaporation au
cours de la saison sèche, et d’autre par l’élimination de
ces sels par les pluies d’hivernage. Cet équilibre
se traduisait par un niveau moyen de salinité permettant
la croissance des palétuviers et la riziculture dans
les mangroves dessalées temporairement en hivernage. Depuis le
début de la phase de sécheresse en 1970, le
lessivage des sels par les pluies a décru, tandis que la
période d’évaporation s’allongeait avec la saison
sèche. Ainsi, la salinité de surface est accrue d’aval en
amont (Le Brusq 1986).
Dans les zones de mangrove les terres peuvent accumuler des cations
métalliques en état réduit (avant tout Fe2+,
principalement dans la forme de pyrite (FeS2)).
Quand ces terres sont exposées à l’atmosphère les
sulfites s’oxydent, formant entre autres de l’acide de soufre (H2SO4).
Le pH tombe au-dessous de 4 et la végétation
meurt, formant des terrains vagues (nommés tannes), aux
détriments des zones de mangrove et du riz. Avec la
sécheresse
des grandes surfaces de terres sont devenue secs et exposées
à l’atmosphère. En conséquence, des grandes
surfaces de mangroves et du riz sont transformées en tannes.
Dans l’estuaire de la Casamance la surface occupée par les
palétuviers était d’environ 900 km2 en 1979 (Sall 1980),
tandis que la surface actuelle est estimée à 820 km2.
Figure 11 montre la réduction des rizières de bas-fond
dans la région de Ziguinchor pendant l’époque 1975-2000.
Bien que la pluviométrie ait augmenté à la fin
de cette époque, les niveaux étaient trop bas pour
inverser
complètement l’acidification des surfaces agricoles dans les
zones de mangroves. Néanmoins, si dans les années
suivantes les pluies annuelles se stabilisent, une telle
séquence de plusieurs années pluvieuses permettrait de
rétablir la mangrove
et les rizières d’une façon naturelle.
- Rapport pluviométrie - surface cultivée en riz
dans la région de Ziguinchor 1986-1996
Source: Graphique basé sur les données fournies par
l’Institut Sénégalais des Recherches Agricoles
- Les évolutions
villageoises.
En pays Diola, le manque de main-d’œuvre constitue le principal blocage
pour le développement. Il
est accentué par le fait que, à la longueur de temps de
travaux, s’ajoute la pratique des migrations saisonnières. En
effet, ne trouvant pas suffisamment de possibilités
d’acquérir des revenus monétaires sur place, la
riziculture bloquant
le calendrier des travaux, les Diola, jeunes mais aussi adultes,
ont pris l’habitude depuis les années 50, depuis surtout
l’ouverture
de la route transgambienne, de partir en exode pendant toute
la saison sèche. L’exode saisonnier, d’une forte proportion
de la main-d’œuvre active (15%) en moyenne, touche aussi bien
les femmes que les hommes. Cette migration saisonnière
entraîne
une migration définitive forte, elle aussi. Une telle situation
se répercute sur la pyramide des âges qui présente
une allure très irrégulière en creux aux
âges adultes jeunes. La sécheresse a accentué le
phénomène migratoire, sécheresse et migration
s’enchaînent, s’auto-accélèrent et forment la trame
de l’évolution des pratiques sociales dans la région
[Chéneau-Loquay, A : 1994].
Cette même sécheresse et la monétarisation ont
entraîné une diversification au sein de l’unité de
production. Un élément important de
différenciation des stratégies de production paysannes
est lié à la possibilité d’accès aux terres
de plateau. L’accès aux terres de plateau et l’utilisation de
pratiques culturales qui en facilitent l’exploitation ont permis aux
zones du Nord et du nord-est de s’adapter aux cycles de
sécheresse. Par contre, dans le
sud où l’accès au plateau est limité, l’accent a
été mis sur l’intensification des bonnes rizières,
l’artisanat, la cueillette et le développement de
spéculations maraîchères. [Posner, Sall : 1985].
Cette diversification a entraîné à son tour des
fractures dans la cohésion sociale et productive. Certains ont
choisi une production plus lucrative sur les terres des plateaux ou la
pêche au détriment de la riziculture des bas-fonds. Ainsi
des parties des grandes digues ne sont plus entretenues et ceux qui
continuent à cultiver
doivent faire un plus grand effort pour protéger leurs
parcelles.
Une analyse entre la pluviométrie et les surfaces
cultivées en riz montre une dépendance beaucoup plus
importante dans
le Département de Oussouye où les populations n’ont pas
accès aux cultures de plateau. Les populations du
Département
de Bignona se lancent plus dans les cultures de plateau en
périodes sèches. On peut en conclure que la
sécheresse a beaucoup plus d’impact sur les populations qui
n’ont pas accès aux terres de plateau. En conséquence,
les rizières de bas-fonds représentent pour ces
populations une valeur bien supérieure à celle d’autres
terres. Les rizières de bas-fonds sont ainsi la cheville
ouvrière pour les populations de la zone de mangrove ainsi que
l’exploitation des ressources naturelles de ces zones humides.
- Amélioration de
l’exploitation des ressources estuariennes
- Description du système riziculture-pisciculture
La principale culture des zones de
mangrove dans la région de Ziguinchor est le riz. Le rôle
des bassins traditionnels situés en aval des rizières
est de maintenir une réserve d’eau douce entre le bolong
et les rizières durant la période de culture du
riz, empêchant ainsi l’intrusion de l’eau saumâtre
dans les rizières ; de maintenir un niveau d’eau dans
les bassins, protégeant ainsi les fonds des bassins en saison
sèche, afin d’éviter l’acidification. Un système
de tuyauterie (fait de tronc de rônier évidé)
permet de contrôler le mouvement de l’eau entre le bolong
et les bassins. Les bassins sont normalement séparés
des rizières par un canal de 2 à 4 m de large servant
ainsi de tampon contre l’intrusion de l’eau salée. Les
mouvements
de l’eau entre les rizières et les bassins se font par
les tuyaux ou par ouverture et fermeture de la digue, si cela
s’avère
nécessaire. Les produits (poissons, crabes, crevettes)
pêchés
dans les bassins et canaux apportent aux populations, des
protéines en complément à l’alimentation de base
qui
est le riz.
- Dégradation du système de production des
rizières de bas-fonds
La protection des rizières contre une
augmentation de la salinité et l’acidification se fait tant
que le système des bassins fonctionne et la gérance d’eau
est bien organisée, d’où une augmentation de
la production dans les champs de riz. Aujourd’hui, le système
de production intégré (riziculture-pisciculture)
a connu un déclin dû (a) à la réduction
des précipitations annuelles depuis 1970 et (b) au manque
de main-d’œuvre dans le village. Du fait de la sécheresse
persistante
et la dégradation de la production de riz de mangrove, les
paysans ont diversifié leurs activités (cultures
de plateau) pour combler les déficits vivriers. Par
conséquent,
peu de temps est ainsi consacré aux cultures de bas-fonds
(mangrove). Ce manque de temps s’aggrave en saison sèche, du
fait de l’exode des jeunes vers les centres urbains à
la recherche d’emploi. Les possibilités de gagner de
l’argent au village sont négligeables. L’exploitation des
bassins piscicoles n’a qu’une faible valeur commerciale, ce qui ne
donne pas assez de motivation pour les familles à maintenir les
digues durant la saison sèche (quand il n’y a pas de
riziculture). Une famille qui veut garder intact le
système d’endiguement est confronté à un
problème de manque de
bras. A cela s’ajoute le manque de ressources monétaires rendant
difficile la location de la main d’œuvre. Maintenant que la
pluviométrie semble se remettre à la normale,
une reprise du système de production intégré
(riziculture-pisciculture) est opportune.
Le développement de la production
aquacole et les différentes cultures de rente doit
débuter à partir du système existant et
améliorer
progressivement sa production et sa gérance.
- Compréhension du système de fonctionnement de
la rizipisciculture
De nombreux auteurs (Diallo 1992, Chaboud et
al 1987) ont décrit le système rizipiscicole dans
l’estuaire de la Casamance insistant sur la nécessité de
maintenir ce système. Néanmoins la compréhension
du fonctionnement et de la productivité du système reste
superficielle. Quelques exemples de questions restant sans
réponse sont :
- Quelle quantité de bois peut-on extraire de la forêt de
mangrove en maintenant le système intact ?
- Quel produit (quantité, espèce, taille de distribution)
est présent dans les bassins piscicoles durant la saison des
pluies ?
- Comment sont placés effectivement les filets et nasses
“dans l’eau, au niveau des drains” durant la saison sèche ? Quel
est l’effet du gradient de salinité sur la migration des
poissons et crevettes entre le bolong et
les bassins ?
- Quel est le meilleur niveau d’emplacement des ”entrées d’eau
et des drains” par rapport au niveau des marées ?
- Quelle partie de la biomasse des bassins est pêchée
à l’épervier ?
- Quelle croissance des espèces cultivées peut on
attendre, vu la salinité de l’environnement ?
De plus, chaque action visant à améliorer l’exploitation
des bassins piscicoles traditionnels a besoin d’être
testée sous les conditions spécifiques de l’estuaire de
la Casamance. Ainsi, nous avons pu constater
que de nombreux essais réalisés pour développer
l’aquaculture semi-intensive ou intensive dans l’estuaire de
la Casamance ont échoué. L’incidence de
l’acidité du sol et les fluctuations extrêmes de
la salinité furent (sauf exception) considérés
comme les contraintes pour les cultures. En sachant que la production
rizipiscicole traditionnelle a permis aux populations des
zones de mangrove de récolter pendant des siècles
du riz, des poissons et des crevettes dans un environnement hostile
en maîtrisant l’acidité et la salinité, il est
incompréhensible que les différents projets n’ont pas
consacré beaucoup plus d’effort à comprendre les
potentialités d’exploitation du système rizipiscicole
en Casamance
- Quelques possibilités d’amélioration du
système de production rizipiscicole
La génération de revenus
à partir des produits aquatiques pêchés dans
les rizières et bassins doit inciter les populations à
maintenir le système d’endiguement en bon état,
toute l’année durant. Cette génération de revenus
doit freiner l’exode rural des jeunes pendant la saison sèche.
Le maintien du système permet de stabiliser les productions
des zones de mangrove tout en les protégeant.
Il existe plusieurs possibilités d’amélioration du
système de fonctionnement des bassins piscicoles et/ou de la
valeur des produits qui y sont pêchés :
1. Renforcement des digues existantes : des digues
cassées doivent être réparées et la digue
mère extérieure doit être élevée de
20 cm au-dessus du niveau des marées. Les bassins doivent
être approfondis de telle façon que les marées
peuvent facilement alimenter les bassins. Avec l’aide de photos
aériennes un bon emplacement des bassins peut être
assuré.
2. Amélioration du système “d’alimentation et
d’évacuation des eaux” : les troncs de rônier
évidés doivent être remplacés tous les deux
ans. Du matériel beaucoup plus durable
pourrait être utilisé. Ce système de tuyauterie
amélioré doit laisser place à l’utilisation
des nasses. En plus cette amélioration doit
empêcher les fuites autour des tuyaux (comme observées sur
au moins la moitié des tuyaux visités) et
avoir la possibilité d’être facilement bouchés
d’une façon étanche.
3. Echange direct entre les bassins et le bolong : quelques
bassins visités n’étaient pas directement
alimentés en eau par l’estuaire, mais à travers d’autres
bassins. L’aménagement d’un canal d’alimentation transversal,
perpendiculaire au bolong pourrait permettre une communication directe
entre le bolong et tous les bassins.
Ces bassins ont en conséquence une gérance d’eau
indépendante. Différents avantages sont liés
à l’utilisation de canaux d’alimentation transversaux :
· moins d’entrées d’eau et de drains
doivent être maintenus.
· des petits bassins peuvent être maintenus, chacun
d’entre eux munis d’un simple tuyau d’admission et d’évacuation
d’eau.
· une plus grande superficie en bassin peut être maintenue
pendant la saison sèche.
· le canal transversal peut aussi jouer un rôle de trop
plein évacuant ainsi l’excès d’eau durant la saison des
pluies et réduisant les dommages causés sur les digues.
4. L’ensemencement des bassins au début de la saison des pluies
: les espèces aptes à être ensemencées sont
des post-larves de P. notialis (pêchés à
l’intérieur et le long des forêts de mangroves) ainsi que
des jeunes tilapias (S. melonotheron et T. guineensis). La
productivité des bassins est favorisée par les eaux
riches en nutriments venant de ruissellement des rizières.
- Autres propositions de projets
- 1. L’ostréiculture : les tiges de rônier sont
traditionnellement utilisées pour la collecte de naissains. A la
fin de la saison des pluies,
les collecteurs peuvent être mis en élevage dans
les canaux d’alimentation des bassins piscicoles, parfois même
à l’intérieur de ces bassins (seulement au cas ou il y a
un bon échange de marées). Des nouvelles techniques
d’élevage peuvent être introduites pour augmenter les
récoltes.
- 2. L’élevage de poissons en cage ou en enclos : Peu
d’études ont été réalisées sur le
rapport entre la croissance
et l’alimentation de T. guineensis et S. melanotheron ou
« tilapia » (Legendre 1983, Ugwumba & Adebisi
1992, Fagbenro & Sydenham 1990). Vu l’augmentation constante des
prix de ces espèces aux marchés, ce qui rend
l’accès à cette source très importante de
protéine de plus en plus difficile, il y a des énormes
potentialités pour l’aquaculture. De même pour certaines
autres espèces telles que le Polydactylus quadrifilis
ou «capitaine », le Epinephelus aeneus ou «thiof
», les Ariidae divers ou «kong » et le Synaptura
spp ou «sole ».
- 3. Exploitation écologique de la mangrove : la plupart
des bassins sont séparés du bolong par une forêt de
palétuviers, protégeant ainsi les digues contre les
vagues et l’érosion. Quelques produits comme le bois, le miel,
les crabes, les post-larves de crevettes, tannins et colorants peuvent
y être récoltés. En Asie, l’élevage de
crabes de mangroves sous forme
de sylvi-aquaculture s’est montré une symbiose très
fructueuse entre une culture de rente et la protection des
palétuviers.
- 4. Repeuplement des huîtres : Autour de certains villages
la cueillette d’huîtres est faite d’une façon tellement
intensive que non seulement les femmes doivent s’éloigner de
plus en plus loin de leur zone d’habitat mais ce qui est pire c’est
qu’avec la disparition des huîtres les géniteurs ont
disparu avec. Ainsi on trouve des zones où les populations
d’huîtres ont complètement disparu. Le projet propose le
transfert de guirlandes avec géniteurs dans ces zones pour un
repeuplement.
- 5. Transformation des produits halieutiques :
traditionnellement, une grande quantité de poissons est
salée et séchée au soleil ou fumée par les
femmes. La qualité de la transformation de ces produits pourrait
être améliorée
afin de diminuer les pertes importantes en matière de
base et de traitement (surtout bois de chauffe).
- 6. Commercialisation des produits halieutiques : Les produits
halieutiques pêchés sont soit vendus ou
échangés avec d’autres produits. Des efforts peuvent
être apportés pour améliorer la commercialisation.
- 7. Reboisement des
palétuviers : La replantation des différentes
espèces de palétuvier dans les zones appropriées
avec
les élèves des écoles secondaires.
Ainsi les jeunes apprennent à distinguer les différentes
espèces de palétuviers et leurs rôles respectifs
dans le biotope. Des pépinières seront
érigées dans les villages et des séances de
reboisement auront lieu avec la participation des villageois.
- 8. Mise en valeur des tannes : La mise en valeur des tannes
[terres salées et acides, inaptes à la culture] par le
creusement de canaux serpentants qui permet le dessalement de ces
terres par les marrées et avec des tests de reboisement
[palétuviers, arbres Niaouli, etc.]
- 9. Techniques pour
maîtriser la coupe abusive du bois : La mise en place et
l’expérimentation de technologies qui favorisent une baisse de
la coupe de bois telle que:
Ø Les foyers améliorés Ban Ak Suuf et autres
sources d'énergie renouvelables
Ø Les fumoirs appropriés pour la transformation des
produits halieutiques
Ø Les pépinières de bambou pour faciliter la
réintroduction du bambou dans les villages
- Les connaissances de base pour le développement
Pour apporter des améliorations au système de production
existant, le mode de fonctionnement
annuel du système doit être pleinement
maîtrisé. Aucune des organisations rencontrées n’a
réellement cerné le fonctionnement du système de
production agricole dans lequel elles interviennent. Ceci explique le
fait
que (se basant sur les documents et les rapports d’avancement et
d’évaluation d’anciens projets) tous les projets d’aquaculture
réalisés jusqu’à nos jours aient produit moins de
75 p.100 des résultats attendus ou ont carrément
échoué. En même temps des projets s’arrêtent
et de nombreux voient le jour.
Aujourd’hui plusieurs ONG sont impliqués dans la pratique
d’activités aquacoles au niveau des villages. Ainsi ENDA
Tiers Monde travaille pour promouvoir l’ensemencement des bassins
traditionnels et l’alimentation des poissons durant la saison des
pluies, pendant que le PROGES en collaboration avec le CRODT, tente
d’évaluer les possibilités d’élevage en enclos
derrière les digues anti-sel en amont de Ziguinchor. La
MTC collabore avec les populations dans l’aménagement de
bassins piscicoles dans les zones actuellement occupées par
les tannes. Des tests d’élevage de tilapia doivent
dévoiler les potentialités de cette forme d’aquaculture.
L’approfondissement des connaissances sur le fonctionnement du
système de production rizipiscicole est nécessaire et les
résultats de chaque intervention menée au niveau
villageois doivent être pleinement documentés. Par
conséquent l’effet de chaque intervention dans la
productivité de riz et de poisson devrait être
sérieusement étudié. Les interventions
proposées au niveau villageois doivent être
précédées par une évaluation
indépendante.
- Cadre de référence et quelques observations et
réflexions.
Le document "Un monde de différences" (Min. des Affaires
Etrangères, La Haye : 1990) présente les nouvelles
orientations politiques néerlandaises en matière de
coopération internationale. La lutte contre la pauvreté
et la notion de développement des ressources humaines, ou encore
‘le développement des populations, par elles et pour elle’ sont
au centre de cette politique dont les principaux objectifs sont les
suivants : allégement de la pauvreté, renforcement de
l’autonomie de la femme et protection de l’environnement. L’actuelle
proposition du projet répond à tous les trois objectifs
mentionnés. Le groupe cible principal sont les populations les
plus atteintes par la sécheresse : ceux qui n’ont pas recours
aux terres de plateaux afin de faire face à la pénurie
vivrière dans l’autoconsommation. Les
rizières de bas-fonds sont leur seul fétu. Les
différentes propositions d’une exploitation durable des
ressources naturelles des zones humides en Casamance visent à
donner accès aux populations d’une grande variété
de cultures
de rente en respectant les potentialités de
régénération du biotope. Les femmes auront une
position favorisée dans ces démarches.
"Un monde de différences" indique qu’au moins 50% des
dépenses dans les programmes bilatéraux dans douze
secteurs devraient répondre à au moins trois des quatre
critères suivants :
1. Les femmes doivent être consultées dans le plan du
projet. Préférence est donnée à la
consultation directe des femmes appartenant au groupe cible.
2. Les femmes du groupe cible doivent participer activement à
l’exécution du projet.
3. Les contraintes à la participation des femmes au projet
doivent être identifiées et les conditions
(financières comprises) doivent être créées
en vue de renforcer l’autonomie de la femme
4. Les compétences en matière de promotion
féminine doivent être planifiées,
budgétisées et utilisées pendant le cycle du
projet afin d’assurer l’entière participation des femmes.
Les différentes propositions de projet répondent aux
critères suivants (1, 2 et 4) :
Ad 1. Pendant toute étude de faisabilité, l’attention
pour la position de la femme en milieu Diola était manifeste.
Les enquêtes villageoises étaient réceptives aux
réponses des femmes comme aux hommes. La proposition d’un projet
de recherche/développement envisage d’approfondir la
connaissance sur la position de la femme dans l’exploitation de
l’écosystème estuarien. En plus, quelques propositions de
projet visent la femme via le démarrage d’interventions
alignées sur les activités traditionnellement
féminines.
Ad 2. Comme mentionné plus haut, quelques interventions,
basées sur la division de travail en monde Diola, auront comme
cadre de référence les activités féminines.
Ces interventions seront incorporées dans le projet
recherche/développement en tant qu’essais qui seront suivis de
tout près. Pour en nommer quelques-unes
unes : traitement artisanal des poissons, cueillette d’huîtres,
vente des produits halieutiques, traitement et vente de sel.
Une attention particulière est accordée aux femmes
parce qu’elles sont plus affectées par la sécheresse que
les hommes. Elles doivent investir de plus en plus de temps
pour soutenir la famille (nourriture, eau potable, scolarité).
Ad 4. Voir les propositions de projet et leurs budgets
Dans le document " Fisheries in developping countries ; towards
sustainable use of living aquatic resources" [DGIS
: 1995], on note que l’existence d’une base de données sur
l’exploitation actuelle des ressources est essentielle pour la
réussite des interventions proposées et pour sauvegarder
l’environnement. Cette base de données doit comprendre les
volets suivants : niveau de la présente production, les
actuels systèmes d’exploitation, potentialités
socioculturelles et économiques, disponibilité de
ressources humaines et naturelles. Si cela n’est pas le cas,
des recherches sur ce plan doivent être intégrées
dans le projet.
- Observations et réflexions
L’objectif principal de la proposition du projet intégral est
l’amélioration de la position de la femme en leur donnant
l’accès à des différentes cultures de rente pour
arriver en même temps à une exploitation plus effective et
durable des ressources naturelles. Ainsi, en exemple, un projet
d’élevage de poissons dans
les bassins piscicoles nécessite une amélioration
et entretien consécutive des digues ce qui donne en
conséquence une augmentation de la production de riz des
bas-fonds en plus-value sur une culture de rente pour les femmes et une
augmentation du
régime protéine pour les familles. Les hommes sont
impliqués parce que beaucoup d’activités sont
complémentaires et ont donc besoin des bras des hommes. Nous
avons ainsi maintenu le concept de l’amélioration de la
production rizipiscicole en aménageant les digues. Une
amélioration considérable pour la position
économique des deux sexes. Des potentialités de
récupération des rizières sur la
mangrove sont même prévues en cas d’une stagnation
dans la baisse de la pluviométrie. En même temps nous
avons pu constater que le rôle des femmes dans la pêche se
limitait strictement au traitement des produits et à la vente.
Le projet propose alors de venir à une exploitation exhaustive
des potentialités offertes par l’écosystème
estuarien et en même temps d’immobiliser sa dégradation.
Pour cela il faut d’abord connaître d’une façon exhaustive
l’actuelle manière d’exploitation de cet
écosystème et la position de la femme dans celle-ci. En
accordant les interventions aux activités féminines
traditionnelles, le projet peut diriger le bilan final.
Les quatre interventions mentionnées sous 4.3.2 demandent
surtout un apport des villageois et cela essentiellement en labeur. Les
postes à budgétisés sont les frais de
sensibilisation, de formation et de suivi. Trois villages test seront
choisis. Afin de maximaliser le rendement de la sensibilisation et de
la formation, une documentation approfondie des conditions locales de
l’environnement est nécessaire. Pour cela le projet effectuera
des recherches socio-économiques avec des enquêtes
villageoises et une documentation du terrain avec des photos
aériennes. Ces multiples descentes sur le
terrain doivent aider à informer et à sensibiliser les
populations avant qu’ils se lancent dans les lourds travaux.
Nous estimons qu’une durée d’assistance villageois de trois ans
est indispensable. Le budget de ce volet s’élève à
35 Million de Francs cfa par an.
Les huit propositions de projets mentionnées sous 4.3.3 sont
budgétisées à part et indépendantes.