Exploitation Durable des Ressources Estuariennes de la région de Ziguinchor

EREZ

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les ressources naturelles

  

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 rapport d'activités  les projets
une proposition pour l'an 2007  gestion_halieutique
 

La proposition du projet est particulièrement basée sur le rapport final, intitulé « propositions d’un projet pour l’exploitation durable des ressources estuariennes de la région de Ziguinchor », résultat d’une étude de faisabilité réalisée par John Lucas Eichelsheim, Vaque N’Diaye et Marc Verdegem entre décembre 1996 et janvier 1997.
Maître d’ouvrage :  l’ambassade Royale des Pays-Bas à Dakar.
 

Pour les données des zones d'interventions et une introduction de la région de la Casamance et de ses populations retournez à la page d'accueil.

IDEE Casamance a investit beaucoup d'énergie et de temps pour la collecte des données. Même si nous ne disposons pas du copyright des données, une copie de notre travail sans mention de la source est considéré comme vol intellectuel.
  debut

La production aquatique dans la région de Ziguinchor.

La pêche, le traitement et la commerce en produits halieutiques sont des activités importantes. Aujourd’hui il y a ± 8200 pêcheurs recensés dans la région de Ziguinchor (Figure 3). Si on considère qu’en moyenne 5 personnes travaillent par permis de pêche, la pêche donne emploi à 41 000 personnes (employés partiellement), représentant ± 10 % de la population. Depuis 1984, le nombre de pirogues à moteur a augmenté de 284 jusqu’à 712. En même temps que le nombre de bateaux à moteur a augmenté, le nombre de bateaux non-motorisés a diminué.
nombre pecheurs
Source: Graphique basé sur les données fournies par le Service de Pêche à Ziguinchor.

Les quantités de produits halieutiques capturées mensuellement sont plus ou moins stable durant l’année. Cependant, il y a quand même des fortes variations annuelles  en captures totales recensées (Figure 4), surtout pour les captures de crevettes et les débarquements d’huîtres. Ceci a des répercutions sur les revenues monétaires des pêcheurs et des agriculteurs. Un autre phénomène se déroule dans les villages côtiers où des grosses quantités de produits halieutiques sont pêchées qui n’entrent pas dans les statistiques du Service de Pêche.

debarquement
Source: Graphique basé sur les données fournies par le Service de Pêche à Ziguinchor.
  Les principales espèces capturées dans les bolongs et les bassins traditionnels peuvent être catégorisées  dans les groupes tilapia sp. (Tilapia guineensis, Sarotherodon melanotheron) mugil sp. et arius sp. Ce sont des espèces euryhalines  qui migrent dès que possible des eaux sursalées vers des eaux saumâtres ou même douces. Quand la salinité monte, seulement les tilapias survivent des salinités au-dessus de 80 pour mille Dans l’estuaire de la Casamance on trouve aussi la crevette Penaeus notialis. Les larves vivent dans les zones moins profondes tandis que les adultes sont capturés dans les eaux profondes (chenal). Les captures mensuelles et les valeurs correspondantes des quatre catégories mentionnées au-dessus, sont représentées dans les figures.
 
tonnage
Source: Graphique basé sur les données fournies par le Service de Pêche à Ziguinchor.

Les espèces représentées dans les Figures 5 et 6 sont aussi capturées dans les bassins traditionnels. La production obtenue à la fin de la saison des pluies dans les bassins traditionnels est en moyenne égales à 355 kg ha-1 (référence du village de Djivente), ce qui est faible. Pendant la saison sèche les drains des bassins traditionnels, munis de nasses fonctionnent comme un piège à poisson. En fonction des marées l’eau entre ou sort du bassin traditionnel et les nasses sont placées avec l’ouverture face au courant. Les espèces principales capturées sont T. guineensis et S. melanotheron. Les poissons sont petits (au-dessous de 12 cm) et destinés à l’autoconsommation. Bien que les quantités capturées à chaque marée soient très faibles (0.25 - 1.0 kg ; observation personnelle) la totalité piégée durant la saison sèche peut arriver à 50-150 kg par nasse. Les grands bassins visités pendant la mission avaient dans la digue périphérique des tuyaux munis de nasse tous les 80-120 m.  Jusqu’aux nos jours, il n’y a pas d’études sur le fonctionnement et les rendements des bassins traditionnels en saison sèche.
 

valeur
Source: Graphique basé sur les données fournies par le Service de Pêche à Ziguinchor.
  Pendant la saison sèche, les femmes récoltent des huîtres, dont une partie est vendue au marché. Dans quelques villages (Bignona, Djivente, Karabane) les huîtres sont maintenues vivantes, parfois pour plusieurs semaines, avant d’être transportés au marché. Cette pratique était déjà stimulée par l’administration coloniale. Plus récent, Salem (1991) a décrit l’emploi des bâtons de rôniers piqués verticalement dans la boue dans la zone des marées pour attacher les naissains d’huîtres. Maintenues sur les bâtons de rôniers, les huîtres obtiennent une forme plus régulière que les huîtres collectées sur les racines de palétuvier. Parfois, les bâtons de rôniers sont placés dans les bassins traditionnels.
  haut Différentes organisations promouvaient l’aquaculture. L’histoire et les principales techniques essayées sont décrites dans l’Annexe I. Il s’agit (a) de l’élevage de tilapia (T. guineensis et S.  melanotheron) en enclos, (b) de la reproduction en captivité et de l’élevage intensif de crevettes (espèces locales et importées), (c) de l’ostréiculture et (d) de l’aménagement des bassins traditionnels pour la culture des tilapias. Aujourd’hui, l’infrastructure nécessaire pour le développement de la production animale au niveau industriel n’est pas présente dans la région de Ziguinchor. La contrainte principale est la pénurie d’aliments. Le projet de crevetticulture à Katakalousse n’a pas été un succès, principalement par manque d’un bon aliment formulé. En plus, les salinités élevées pendant la deuxième moitié de la saison sèche empêchent une croissance favorable pendant toute l’année. La salinité limite la zone convenable à la production aquatique d’un bout de l’année à l’autre. Cela est seulement possible à l’embouchure de l’estuaire de la Casamance où la salinité ne dépasse pas les 36 °/°°.
  La Casamance est la région la plus humide du Sénégal, avec une précipitation moyenne à Ziguinchor de 1 392,6 mm par an pendant l’époque 1918-2002 (Figure 8). Du début des années soixante-dix, la pluviométrie annuelle a diminué d’une façon catastrophique. Dans la période 1970-1995 la pluviométrie annuelle était 1 135,7 mm, ce qui est 25,37% plus basse que la pluviométrie moyenne de 1 521,8 mm pendant l’époque 1918-1969 (Figure 8). Avant 1970, les années avec une précipitation plus haute que 2 000 mm étaient assez fréquentes tandis qu'après 1970 seul 1978 atteignait 1 512,1 mm. Nous pouvons noter une hausse de 22,16% à partir de 1996 avec une moyenne de 1 387,4 mm. Parallèlement, la fréquence des années avec moins de 1 000 mm de pluie a augmenté, donnant moins des possibilités à la nature de se recouvrir après une époque de sécheresse extrême.
 
pluviometrie
Source:  Graphique basé sur les données fournies par les stations météorologiques de Ziguinchor.

En 1980 la pluie annuelle était la plus basse avec 699 mm. Dans les années sèches, les pluies commencent 1 á 2 mois plus tard que dans des années humides (Figure 9). En conséquence, la saison de pluie est beaucoup plus courte dans les années sèches.

C’est clair qu’une réduction de la pluie annuelle moyenne de 32% doit avoir des fortes conséquences sur l’écologie et sur la production agricole. Bien qu’on ait eu toujours des années sèches, les années consécutives avec des pluies abondantes sont devenues de plus en plus rares. L’écosystème estuarien de la Casamance a besoin des époques pluvieuses pour maintenir sa diversité et sa productivité. Aujourd’hui, plusieurs paramètres indiquent la dégradation du milieu estuarien.
 
 

pluviometrie
Source:  Graphique basé sur les données fournies par la Station météorologique de Ziguinchor (Institut Sénégalais de Recherches Agricoles).
  pluviometrie Le Casamance est une rivière dont la quantité en eau douce transportée annuellement dépend uniquement de la pluviométrie. Elle est dotée d’une vaste zone estuarienne et draine un bassin versant d’environ 14 000 km2 (Diouf 1987). Les courants des marées sont beaucoup plus importants que le débit de l’eau douce (2500 m3 s-1 contre 100 m3 s-1 à Ziguinchor). A cause de la petite contribution de l’eau douce aux mouvements de l’eau dans l’estuaire et tenant compte d’une évapotranspiration qui est plus grande que la précipitation, la salinité annuelle moyenne monte d’amont à aval. Des grandes surfaces ont une salinité de plus de 70 pour mille durant grandes périodes de l’année. La situation de l’estuaire de la Casamance est unique en Afrique. Seulement en Amérique Latine on trouve 2 estuaires identiques. Pendant l’hivernage (saison des pluies) la salinité diminue graduellement, et elle monte á une concentration plus haute que la salinité normale du milieu estuarien (36 °/°°) pendant la saison sèche (Figure 10).
 
rapport pluie salinite

Source: Graphique basé sur les données fournies par l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles.

Durant la période humide antérieure à 1970, un équilibre dynamique s’était établi entre d’une part l’accumulation des sels dans le milieu par les apports depuis la mer et l’évaporation au cours de la saison sèche, et d’autre par l’élimination de ces sels par les pluies d’hivernage. Cet équilibre se traduisait par un niveau moyen de salinité permettant la croissance des palétuviers et la riziculture dans les mangroves dessalées temporairement en hivernage. Depuis le début de la phase de sécheresse en 1970, le lessivage des sels par les pluies a décru, tandis que la période d’évaporation s’allongeait avec la saison sèche. Ainsi, la salinité de surface est accrue d’aval en amont (Le Brusq 1986).
 

Dans les zones de mangrove les terres peuvent accumuler des cations métalliques en état réduit (avant tout Fe2+, principalement dans la forme de pyrite (FeS2)). Quand ces terres sont exposées à l’atmosphère les sulfites s’oxydent, formant entre autres de l’acide de soufre (H2SO4). Le pH tombe au-dessous de 4 et la végétation meurt, formant des terrains vagues (nommés tannes),  aux détriments des zones de mangrove et du riz. Avec la sécheresse des grandes surfaces de terres sont devenue secs et exposées à l’atmosphère. En conséquence, des grandes surfaces de mangroves et du riz sont transformées en tannes. Dans l’estuaire de la Casamance la surface occupée par les palétuviers était d’environ 900 km2 en 1979 (Sall 1980), tandis que la surface actuelle est estimée à 820 km2. Figure 11 montre la réduction des rizières de bas-fond dans la région de Ziguinchor pendant l’époque 1975-2000. Bien que la pluviométrie ait augmenté à la fin de cette époque, les niveaux étaient trop bas pour inverser complètement l’acidification des surfaces agricoles dans les zones de mangroves. Néanmoins, si dans les années suivantes les pluies annuelles se stabilisent, une telle séquence de plusieurs années pluvieuses permettrait de rétablir la mangrove et les rizières d’une façon naturelle.
 
surface/pluie
Source: Graphique basé sur les données fournies par l’Institut Sénégalais des Recherches Agricoles
  surface/pluie En pays Diola, le manque de main-d’œuvre constitue le principal blocage pour le développement. Il est accentué par le fait que, à la longueur de temps de travaux, s’ajoute la pratique des migrations saisonnières. En effet, ne trouvant pas suffisamment de possibilités d’acquérir des revenus monétaires sur place, la riziculture bloquant le calendrier des travaux, les Diola, jeunes mais aussi adultes, ont pris l’habitude depuis les années 50, depuis surtout l’ouverture de la route transgambienne, de partir en exode pendant toute la saison sèche. L’exode saisonnier, d’une forte proportion de la main-d’œuvre active (15%) en moyenne, touche aussi bien les femmes que les hommes. Cette migration saisonnière entraîne une migration définitive forte, elle aussi. Une telle situation se répercute sur la pyramide des âges qui présente une allure très irrégulière en creux aux âges adultes jeunes. La sécheresse a accentué le phénomène migratoire, sécheresse et migration s’enchaînent, s’auto-accélèrent et forment la trame de l’évolution des pratiques sociales dans la région [Chéneau-Loquay, A : 1994].
Cette même sécheresse et la monétarisation ont entraîné une diversification au sein de l’unité de production. Un élément important de différenciation des stratégies de production paysannes est lié à la possibilité d’accès aux terres de plateau. L’accès aux terres de plateau et l’utilisation de pratiques culturales qui en facilitent l’exploitation ont permis aux zones du Nord et du nord-est de s’adapter aux cycles de sécheresse. Par contre, dans le sud où l’accès au plateau est limité, l’accent a été mis sur l’intensification des bonnes rizières, l’artisanat, la cueillette et le développement de spéculations maraîchères. [Posner, Sall : 1985].
Cette diversification a entraîné à son tour des fractures dans la cohésion sociale et productive. Certains ont choisi une production plus lucrative sur les terres des plateaux ou la pêche au détriment de la riziculture des bas-fonds. Ainsi des parties des grandes digues ne sont plus entretenues et ceux qui continuent à cultiver doivent faire un plus grand effort pour protéger leurs parcelles. Une analyse entre la pluviométrie et les surfaces cultivées en riz montre une dépendance beaucoup plus importante dans le Département de Oussouye où les populations n’ont pas accès aux cultures de plateau. Les populations du Département de Bignona se lancent plus dans les cultures de plateau en périodes sèches. On peut en conclure que la sécheresse a beaucoup plus d’impact sur les populations qui n’ont pas accès aux terres de plateau. En conséquence, les rizières de bas-fonds représentent pour ces populations une valeur bien supérieure à celle d’autres terres. Les rizières de bas-fonds sont ainsi la cheville ouvrière pour les populations de la zone de mangrove ainsi que l’exploitation des ressources naturelles de ces zones humides.
 
  La principale culture des zones de  mangrove dans la région de Ziguinchor est le riz. Le rôle des bassins traditionnels situés en aval des rizières est de maintenir une réserve d’eau douce entre le bolong et les rizières durant la période de culture du riz, empêchant ainsi l’intrusion de l’eau saumâtre dans les rizières ; de maintenir un niveau d’eau dans les bassins, protégeant ainsi les fonds des bassins en saison sèche, afin d’éviter l’acidification. Un système de tuyauterie (fait de tronc de rônier évidé) permet de contrôler le mouvement de l’eau entre le bolong et les bassins. Les bassins sont normalement séparés des rizières par un canal de 2 à 4 m de large servant ainsi de tampon contre l’intrusion de l’eau salée. Les mouvements de l’eau entre les rizières et les bassins se font par les tuyaux ou par ouverture et fermeture de la digue, si cela s’avère nécessaire. Les produits (poissons, crabes, crevettes) pêchés dans les bassins et canaux apportent aux populations, des protéines en complément à l’alimentation de base qui est le riz.
  La protection des rizières contre une augmentation de la salinité et l’acidification se fait tant que le système des bassins fonctionne et la gérance d’eau est bien organisée, d’où une augmentation de la production dans les champs de riz. Aujourd’hui, le système de production intégré (riziculture-pisciculture) a connu un déclin dû (a) à la réduction des précipitations annuelles depuis 1970 et (b) au manque de main-d’œuvre dans le village. Du fait de la sécheresse persistante et la dégradation de la production de riz de mangrove,  les paysans ont diversifié leurs activités (cultures de plateau) pour combler les déficits vivriers. Par conséquent, peu de temps est ainsi consacré aux cultures de bas-fonds (mangrove). Ce manque de temps s’aggrave en saison sèche, du fait de l’exode des jeunes vers les centres urbains à la recherche d’emploi. Les possibilités de gagner de l’argent au village sont négligeables. L’exploitation des bassins piscicoles n’a qu’une faible valeur commerciale, ce qui ne donne pas assez de motivation pour les familles à maintenir les digues durant la saison sèche (quand il n’y a pas de riziculture). Une famille qui veut  garder intact le système d’endiguement est confronté à un problème de manque de bras. A cela s’ajoute le manque de ressources monétaires rendant difficile la location de la main d’œuvre. Maintenant que la pluviométrie semble se remettre à la normale, une reprise du système de production intégré (riziculture-pisciculture) est opportune.
  hhaut Le développement de la production aquacole et les différentes cultures de rente doit débuter à partir du système existant et améliorer progressivement sa production et sa gérance.
  De nombreux auteurs (Diallo 1992, Chaboud et al 1987) ont décrit le système rizipiscicole dans l’estuaire de la Casamance insistant sur la nécessité de maintenir ce système. Néanmoins la compréhension du fonctionnement et de la productivité du système reste superficielle. Quelques exemples de questions restant sans réponse sont :
- Quelle quantité de bois peut-on extraire de la forêt de mangrove en maintenant le système intact ?
- Quel produit (quantité, espèce, taille de distribution) est présent dans les bassins piscicoles durant la saison des pluies ?
- Comment sont placés effectivement les filets et nasses  “dans l’eau, au niveau des drains” durant la saison sèche ? Quel est l’effet du gradient de salinité sur la migration des poissons et crevettes entre le bolong et les bassins ?
- Quel est le meilleur niveau d’emplacement des ”entrées d’eau et des drains” par rapport au niveau des marées ?
- Quelle partie de la biomasse des bassins est pêchée à l’épervier ?
- Quelle croissance des espèces cultivées peut on attendre, vu la salinité de l’environnement ?
De plus, chaque action visant à améliorer l’exploitation des bassins piscicoles traditionnels a besoin d’être testée sous les conditions spécifiques de l’estuaire de la Casamance. Ainsi, nous avons pu constater que de nombreux essais réalisés pour développer l’aquaculture semi-intensive ou intensive dans l’estuaire de la Casamance  ont échoué. L’incidence de l’acidité du sol et les fluctuations extrêmes de la salinité furent (sauf exception) considérés comme les contraintes pour les cultures. En sachant que la production rizipiscicole traditionnelle a permis aux populations des zones de mangrove de récolter pendant des siècles du riz, des poissons et des crevettes dans un environnement hostile en maîtrisant l’acidité et la salinité, il est incompréhensible que les différents projets n’ont pas consacré beaucoup plus d’effort à comprendre les potentialités d’exploitation du système rizipiscicole en Casamance
  La génération de revenus à partir des produits aquatiques pêchés dans les rizières et bassins doit inciter les populations à maintenir le système d’endiguement en bon état, toute l’année durant. Cette génération de revenus doit freiner l’exode rural des jeunes pendant la saison sèche. Le maintien du système permet de stabiliser les productions des zones de mangrove tout en les protégeant.
Il existe plusieurs possibilités d’amélioration du système de fonctionnement des bassins piscicoles et/ou de la valeur des produits qui y sont pêchés :
1. Renforcement des digues existantes : des digues cassées doivent être réparées et la digue mère extérieure doit être élevée de 20 cm au-dessus du niveau des marées. Les bassins doivent être approfondis de telle façon que les marées peuvent facilement alimenter les bassins. Avec l’aide de photos aériennes un bon emplacement des bassins peut être assuré.

2. Amélioration du système “d’alimentation et d’évacuation des eaux” : les troncs de rônier évidés doivent être remplacés tous les deux ans. Du matériel beaucoup plus durable pourrait être utilisé. Ce système de tuyauterie amélioré doit laisser place à l’utilisation des nasses. En plus cette amélioration doit empêcher les fuites autour des tuyaux (comme observées sur au moins la moitié des tuyaux visités) et avoir la possibilité d’être facilement bouchés d’une façon étanche.

3. Echange direct entre les bassins et le bolong : quelques bassins visités n’étaient pas directement alimentés en eau par l’estuaire, mais à travers d’autres bassins. L’aménagement d’un canal d’alimentation transversal, perpendiculaire au bolong pourrait permettre une communication directe entre le bolong et tous les bassins. Ces bassins ont en conséquence une gérance d’eau indépendante. Différents avantages sont liés à l’utilisation de canaux d’alimentation transversaux :

· moins d’entrées d’eau et de drains doivent être maintenus.
· des petits bassins peuvent être maintenus, chacun d’entre eux munis d’un simple tuyau d’admission et d’évacuation d’eau.
· une plus grande superficie en bassin peut être maintenue pendant la saison sèche.
· le canal transversal peut aussi jouer un rôle de trop plein évacuant ainsi l’excès d’eau durant la saison des pluies et réduisant les dommages causés sur les digues.
4. L’ensemencement des bassins au début de la saison des pluies : les espèces aptes à être ensemencées sont des post-larves de  P. notialis (pêchés à l’intérieur et le long des forêts de mangroves) ainsi que des jeunes tilapias (S. melonotheron et T. guineensis). La productivité des bassins est favorisée par les eaux riches en nutriments venant de ruissellement des rizières.
Pour apporter des améliorations au système de production existant, le mode de fonctionnement annuel du système doit être pleinement maîtrisé. Aucune des organisations rencontrées n’a réellement cerné le fonctionnement du système de production agricole dans lequel elles interviennent. Ceci explique le fait que (se basant sur les documents et les rapports d’avancement et d’évaluation d’anciens projets) tous les projets d’aquaculture réalisés jusqu’à nos jours aient produit moins de 75 p.100 des résultats attendus ou ont carrément échoué. En même temps des projets s’arrêtent et de nombreux voient le jour. Aujourd’hui plusieurs ONG sont impliqués dans la pratique d’activités aquacoles au niveau des villages. Ainsi ENDA Tiers Monde travaille pour promouvoir l’ensemencement des bassins traditionnels et l’alimentation des poissons durant la saison des pluies, pendant que le PROGES en collaboration avec le CRODT, tente d’évaluer les possibilités d’élevage en enclos derrière les digues anti-sel en amont de Ziguinchor. La MTC collabore avec les populations dans l’aménagement de bassins piscicoles dans les zones actuellement occupées par les tannes. Des tests d’élevage de tilapia doivent dévoiler les potentialités de cette forme d’aquaculture.
L’approfondissement des connaissances sur le fonctionnement du système de production rizipiscicole est nécessaire et les résultats de chaque intervention menée au niveau villageois doivent être pleinement documentés. Par conséquent l’effet de chaque intervention dans la productivité de riz et de poisson devrait être sérieusement étudié. Les interventions proposées au niveau villageois doivent être précédées par une évaluation indépendante.
  haut Le document "Un monde de différences" (Min. des Affaires Etrangères, La Haye : 1990) présente les nouvelles orientations politiques néerlandaises en matière de coopération internationale. La lutte contre la pauvreté et la notion de développement des ressources humaines, ou encore ‘le développement des populations, par elles et pour elle’ sont au centre de cette politique dont les principaux objectifs sont les suivants : allégement de la pauvreté, renforcement de l’autonomie de la femme et protection de l’environnement. L’actuelle proposition du projet répond à tous les trois objectifs mentionnés. Le groupe cible principal sont les populations les plus atteintes par la sécheresse : ceux qui n’ont pas recours aux terres de plateaux afin de faire face à la pénurie vivrière dans l’autoconsommation. Les rizières de bas-fonds sont leur seul fétu. Les différentes propositions d’une exploitation durable des ressources naturelles des zones humides en Casamance visent à donner accès aux populations d’une grande variété de cultures de rente en respectant les potentialités de régénération du biotope. Les femmes auront une position favorisée dans ces démarches.

"Un monde de différences" indique qu’au moins 50% des dépenses dans les programmes bilatéraux dans douze secteurs devraient répondre à au moins trois des quatre critères suivants :
1. Les femmes doivent être consultées dans le plan du projet. Préférence est donnée à la consultation directe des femmes appartenant au groupe cible.
2. Les femmes du groupe cible doivent participer activement à l’exécution du projet.
3. Les contraintes à la participation des femmes au projet doivent être identifiées et les conditions (financières comprises) doivent être créées en vue de renforcer l’autonomie de la femme
4. Les compétences en matière de promotion féminine doivent être planifiées, budgétisées et utilisées pendant le cycle du projet afin d’assurer l’entière participation des femmes.

Les différentes propositions de projet répondent aux critères suivants (1, 2 et 4) :

Ad 1. Pendant toute étude de faisabilité, l’attention pour la position de la femme en milieu Diola était manifeste. Les enquêtes villageoises étaient réceptives aux réponses des femmes comme aux hommes. La proposition d’un projet de recherche/développement envisage d’approfondir la connaissance sur la position de la femme dans l’exploitation de l’écosystème estuarien. En plus, quelques propositions de projet visent la femme via le démarrage d’interventions alignées sur les activités traditionnellement féminines.
Ad 2. Comme mentionné plus haut, quelques interventions, basées sur la division de travail en monde Diola, auront comme cadre de référence les activités féminines. Ces interventions seront incorporées dans le projet recherche/développement en tant qu’essais qui seront suivis de tout près. Pour en nommer quelques-unes unes : traitement artisanal des poissons, cueillette d’huîtres, vente des produits halieutiques, traitement et vente de sel. Une attention particulière est accordée aux femmes parce qu’elles sont plus affectées par la sécheresse que les hommes. Elles doivent investir de plus en plus de temps pour soutenir la famille (nourriture, eau potable, scolarité).
Ad 4. Voir les propositions de projet et leurs budgets

Dans le document " Fisheries in developping countries ; towards sustainable use of living aquatic resources" [DGIS : 1995], on note que l’existence d’une base de données sur l’exploitation actuelle des ressources est essentielle pour la réussite des interventions proposées et pour sauvegarder l’environnement. Cette base de données doit comprendre les volets suivants : niveau de la présente production, les actuels systèmes d’exploitation, potentialités socioculturelles et économiques, disponibilité de ressources humaines et naturelles. Si cela n’est pas le cas, des recherches sur ce plan doivent être intégrées dans le projet.
 

L’objectif principal de la proposition du projet intégral est l’amélioration de la position de la femme en leur donnant l’accès à des différentes cultures de rente pour arriver en même temps à une exploitation plus effective et durable des ressources naturelles. Ainsi, en exemple, un projet d’élevage de poissons dans les bassins piscicoles nécessite une amélioration et entretien consécutive des digues ce qui donne en conséquence une augmentation de la production de riz des bas-fonds en plus-value sur une culture de rente pour les femmes et une augmentation du régime protéine pour les familles. Les hommes sont impliqués parce que beaucoup d’activités sont complémentaires et ont donc besoin des bras des hommes. Nous avons ainsi maintenu le concept de l’amélioration de la production rizipiscicole en aménageant les digues. Une amélioration considérable pour la position économique des deux sexes. Des potentialités de récupération des rizières sur la mangrove sont même prévues en cas d’une stagnation dans la baisse de la pluviométrie. En même temps nous avons pu constater que le rôle des femmes dans la pêche se limitait strictement au traitement des produits et à la vente. Le projet propose alors de venir à une exploitation exhaustive des potentialités offertes par l’écosystème estuarien et en même temps d’immobiliser sa dégradation. Pour cela il faut d’abord connaître d’une façon exhaustive l’actuelle manière d’exploitation de cet écosystème et la position de la femme dans celle-ci. En accordant les interventions aux activités féminines traditionnelles, le projet peut diriger le bilan final.
  Les quatre interventions mentionnées sous 4.3.2 demandent surtout un apport des villageois et cela essentiellement en labeur. Les postes à budgétisés sont les frais de sensibilisation, de formation et de suivi. Trois villages test seront choisis. Afin de maximaliser le rendement de la sensibilisation et de la formation, une documentation approfondie des conditions locales de l’environnement est nécessaire. Pour cela le projet effectuera des recherches socio-économiques avec des enquêtes villageoises et une documentation du terrain avec des photos aériennes. Ces multiples descentes sur le terrain doivent aider à informer et à sensibiliser les populations avant qu’ils se lancent dans les lourds travaux.
Nous estimons qu’une durée d’assistance villageois de trois ans est indispensable. Le budget de ce volet s’élève à 35 Million de Francs cfa par an.
Les huit propositions de projets mentionnées sous 4.3.3 sont budgétisées à part et indépendantes.
 
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