|
Index:
Résumé Description de la région Objectifs Activités et calendrier Résultats & produits Le budget Annexe |
|
|
|
1. Titre du projet :
Les rizières de bas-fonds sont installées dans une zone de mangrove qui, à part le riz, fournit avec l'estuaire adjoint, les principaux produits nécessaires à survivre dans un milieu rural : poisson, huîtres, sel, bois. Les rizières sont protégées contre les eaux salées du bolon [estuaire] par des bassins traditionnels de pisciculture. Ses bassins sont à leur tour protégés par une digue périphérique d'une vingtaine de centimètres au-dessus du niveau des plus hautes marées. Ces digues sont traversées par des drains [tronc de palmier évidé], généralement établis au pied de la digue. Pendant la saison des pluies, les drains sont fermés pour retenir l'eau douce et d'empêcher l'entrée de l'eau salée. Ainsi, le rôle principal des bassins piscicoles est de protéger les rizières contre la salinité de l'eau du bolon. En même temps, les bassins sont exploités. Durant la culture de riz, les drains sont fermés et les crevettes et poissons piégés y grandissent jusqu'au fin de l'hivernage quand les bassins sont vidés. Le reste de l'année, les drains sont maintenus ouverts. Les poissons qui passent sont capturés avec des nasses placées à l'entrée du drain.
Le déficit pluviométrique et en conséquence une baisse de la production rizicole ont entraîné un exode rural et une dégradation consécutive de l'entretien des digues. Un système ancestral d'exploitation des bas-fonds risque ainsi de disparaître et de renforcer l'exode rural. L'écosystème des bas-fonds laissé à l'abandon ne peut plus servir comme tampon de protection entre les zones humides avoisinantes et les terres de plateau ce qui entraîne une dégradation générale de l'environnement.
Le projet envisage d'abord d'inciter les populations de ces zones à réaménager les digues de protection par une adaptation de la plus importante production de rente, qu'est la pisciculture. Une meilleure gérance hydraulique non seulement augmente la production piscicole, mais aussi la production rizicole des rizières de bas-fonds. Ceci nécessite d'abord une organisation de la main-d'œuvre et donc social au niveau villageois. La communauté villageoise doit réaliser des étangs piscicoles oblongs de trois mètres de large et longeant le bolon et les rizières en triple rangée. La terre enlevée sert de monter des digues qui protègent les rizières de bas-fonds. La production piscicole est le stimulant pour le travail laborieux nécessaire.
Nous proposons des interventions pilotes dans deux villages, répandus dans la région afin de faciliter à long terme la propagation des techniques de poldérisation. Dans chaque village une bande de quelque deux cents mètres de longueur et située entre le bolon et les rizières de bas-fonds est aménagée en triple bassins oblongs de pisciculture.
Pour l'exécution du projet nous demandons une assistance qui nous permet d'assurer la sensibilisation et le suivi des populations, de réaliser une documentation topographique des sites ciblés avec l'aide de cartes, photos aériennes et de techniciens, d'avoir une assistance technique en aquaculture et de donner aux populations les moyens de réaliser ces travaux. Une documentation exhaustive des données de recherche et des résultats d'analyse des interventions doit aboutir à la disponibilité d'un ouvrage de référence pour toute la région.
Description de la région :
a. La région de Ziguinchor est la plus méridionale du pays et correspond à l'emprise de la zone écogéographique de la Basse Casamance depuis la réforme administrative du 1 er juillet 1984. Elle est caractérisée par l'estuaire du fleuve Casamance et couvre une superficie de 7 339 km², sa population est évaluée à 544 000 habitants en l'an 2000, soit une densité moyenne de 74 hbts/km². La région se présente comme un long couloir de 360 kilomètres d'ouest en est et de 100 kilomètres du nord au sud, limité à l'ouest par l'océan Atlantique, à l'est par le fleuve Gambie, au sud par les frontières de Guinée-Bissau et de Guinée Conakry et au nord par la Gambie. Le climat est de type Soudano-guinéen : chaud, avec une température moyenne de 27°, et humide. La Casamance est la région la plus arrosée du Sénégal, avec une précipitation moyenne à Ziguinchor de 1 399,8 mm par an pendant l'époque 1918-2000. Dès le début des années soixante-dix, la pluviométrie annuelle a diminué d'une façon catastrophique. Dans la période 1970-2000 la pluviométrie annuelle est descendue a 1 195 mm, ce qui est 32% plus basse que la pluviométrie moyenne de 1 522 mm pendant l'époque 1918-1969. Avant 1970, les années avec une précipitation plus haute de 2 000 mm étaient assez fréquentes. Après 1970, la pluviométrie annuelle maximale atteignit seulement 1 512 mm, ce qui signifie une réduction de 25%. Parallèlement, la fréquence des années avec moins de 1 000 mm de pluie a augmenté, donnant moins des possibilités à la nature de se recouvrir après une époque de sécheresse extrême. Actuellement nous pouvons noter une certaine hausse à partir de 1996 avec une moyenne de 1 426 mm. La région est à prédominance agricole. La culture de riz est la plus pratiquée. L'agriculture, l'élevage et la pêche ne représentent que 7,2% des revenus monétaires dans le monde rural, mais jouent un rôle primordial dans l'autoconsommation.
L'évolution de la population
au cours des vingt-cinq dernières années [recensements de
1976, 1988 et données de 2000] montre une forte progression de
la population urbaine. Cette urbanisation accélérée
est liée à l'émigration des ruraux en corrélation
avec la crise vivrière et aussi à l'installation de populations
venues du Nord. Il existe un taux important de migration temporaire
[entre 1 jour et 6 mois d'absence] d'hommes et de femmes à la
recherche d'activités rémunératrices qu'ils peuvent
pas trouver au village.
| Département |
|
|
| Bignona |
209.587
|
221.672
|
| Oussouye |
44.658
|
48.801
|
| Ziguinchor |
237.189
|
273.414
|
| Région |
491.434
|
543.887
|
La région compte une faible activité industrielle. Les principales unités industrielles sont implantées à Ziguinchor : on compte une huilerie, trois unités de traitement des crevettes, une usine de bois et un petit domaine industriel pour la promotion de la petite entreprise. Le secteur informel est encore caractérisé par une multitude de micro-entreprises dispersées et sous-équipées. Surtout pendant les dernières années, la région connaît un exode rural explosif, dû à l'opposition croissante entre l'armée Nationale et des forces indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance [MFDC]. Les jeunes, envahissant la ville, ne peuvent trouver de l'emploi et sont destinés à un chômage sans futur. Cela empêche la ville de Ziguinchor profondément de s'élever au rang de métropole d'équilibre. Un frein sur l'exode rural doit ramener un certain équilibre.
Le réseau hydrographique
comprend un vaste estuaire du fleuve Casamance, long de 300 km et ses
affluents. On parle d'un estuaire inverse avec des salinités qui
montent en amont [jusqu'à 160 pour mille]. Ceci est dû au
fait que le fleuve Casamance a un régime semi-permanant qui dure
de juin à mars avec un débit à quelque 200 km de
l'embouchure de 2,3 m³/s. Sa largeur varie de 50 m à Dianah-Malari
jusqu'à 8 km à l'embouchure avec un resserrement à
Ziguinchor. La profondeur du chenal diminue de 20 m à 1,5 m. Le
bassin drainé comprend des grands sous-bassins [Baïla : 1
645 km², Bignona : 750 km², Kamobeul : 700 km², Guidel
: 130 km² et Agnack : 133 km²] avec des volumes très
variables de 60 à 280 millions de m³ / an. Le sol est ferrugineux
et riche en matières organiques. L'agriculture y est très
développée mais reste tributaire de la pluviométrie
qui est très inégale dans l'espace et souvent mal répartie
dans le temps [RGPH : 88:6]. Ce milieu permet pourtant une riziculture
en zones de mangrove datant de plusieurs siècles. Différentes
formes de pêche y constituent une activité importante et
génératrice de revenus non négligeables, comme d'ailleurs
la cueillette [vin de palme, huîtres, sel, fruits forestiers, et
cetera]. La mangrove est fortement dégradée suite aux mutilations
faites aux palétuviers par les récolteurs d'huîtres,
à la sursalure aggravée elle-même par le déficit
pluviométrique. Cette dégradation qui est estimée
à 1.500 ha/an se répercute négativement sur les
productions diverses de cet écosystème, notamment de l'aire
de développement et de cueillette des huîtres, crevettes, poissons,
et cetera. Estimée à 150.000 ha au début des années
1980 dont 120.000 ha dans les départements de Bignona et Ziguinchor,
la superficie occupée par la mangrove a été réévaluée
en 1993 à 70.000 ha dont 30.000 ha classés dans le département
de Bignona [PAFR/Z : 1998].
b. la carte: 2 = Ziguinchor
c. les menaces des bas-fonds
La principale culture des zones de mangrove dans la région de Ziguinchor est le riz. Les bassins traditionnels situés en aval des rizières jouent un double rôle : [1] maintenir une réserve d'eau douce entre le bolon et les rizières durant la période de culture de riz, empêchant ainsi l'intrusion de l'eau saumâtre dans les rizières [2] maintenir un niveau d'eau dans les bassins, protégeant ainsi les fonds des bassins en saison sèche, afin d'éviter l'acidification. Un système de tuyauterie [fait de tronc de rônier évidé] permet de contrôler le mouvement de l'eau entre le bolon et les bassins. Les bassins sont normalement séparés des rizières par un canal de 2 à 4 m de large servant ainsi de tampon contre l'intrusion de l'eau salée. Les mouvements de l'eau entre les rizières et les bassins se font par les tuyaux ou par ouverture et fermeture de la digue, si cela s'avère nécessaire. Les produits [poissons, crabes, crevettes] pêchés dans les bassins et canaux apportent aux populations, des protéines en complément à l'alimentation de base qui est le riz.
La protection des rizières contre une augmentation de la salinité et l'acidification est optimale, tant que le système des bassins fonctionne et la gérance d'eau est bien organisée. Principal résultat d'une bonne gérance hydraulique est une augmentation de la production des rizières de bas-fonds. Depuis les dernières décennies, les récoltes de ce système de production intégré [rizipisciculture] ont connu un déclin dû [1*] à la réduction des précipitations annuelles depuis 1970 et [2*] au manque de main-d'œuvre dans le village. Du fait de la sécheresse persistante et la dégradation de la production de riz de mangrove, les paysans ont diversifié leurs activités [cultures de plateau] pour combler les déficits vivriers. Par conséquent, peu de temps est ainsi consacré aux cultures de bas-fonds [mangrove]. Ce manque de temps s'aggrave en saison sèche, du fait de l'exode des jeunes vers les centres urbains à la recherche d'emploi. Les possibilités de gagner de l'argent au village sont négligeables. L'exploitation des bassins piscicoles n'a qu'une faible valeur commerciale, ce qui ne donne pas assez de motivation pour les familles à maintenir les digues durant la saison sèche [quand il n'y a pas de riziculture]. Une famille qui veut garder intact le système d'endiguement est confronté à un problème de manque de bras. A cela s'ajoute le manque de ressources monétaires rendant difficile la location de la main d'œuvre. Maintenant que la pluviométrie semble se remettre à la normale, une reprise du système de production intégré [rizipisciculture] est opportune.
d. les populationsAu plan ethnique, les Diola sont largement majoritaires [61%]. Les autres ethnies les plus représentées sont les Mandingue et les Poular [9,3% et 8,8% respectivement]. Les villages Diola sont grands [entre 500 et 7 000 habitants] et se caractérisent par une grande autonomie politique, économique et religieuse. Ils étaient endogames et les relations entre eux, limitées au minimum, étaient souvent hostiles. L'enjeu étant le bétail, les prisonniers de guerre [qui sont la plupart du temps troqués contre du bétail] et l'accès aux rizières [Roche, 1973:33+ ; Pelissier, 1966:673+]. Ce passé caractérise, d'une façon ou autre, jusqu'aux nos jours les relations entre les villages.
La riziculture domine tout le calendrier agraire. C'est seulement après la récolte du riz qu'il y a le temps pour des activités rémunératrices. Ceci est valable aussi bien pour l'homme que pour la femme. En ce qui concerne les produits halieutiques, la femme détient, depuis des siècles, toute la filière de l'exploitation de l'huître et la transformation des poissons, tandis que l'homme Diola s'est lancé dans la pêche artisanale autour du village. La pêche constitue aujourd'hui l'une des premières activités économiques de la région. La pêche en mer s'est développée avec l'arrivée de pêcheurs venus du Nord : Sérères Niominka [îles de Saloum], Guet-Ndariens [Saint-Louis] et Lébou [Dakar]. Dans l'estuaire, la pêche s'est développée à la fin des années 40 et au début des années 50 avec l'arrivée de pêcheurs Toucouleurs et Walo-walo, venu du fleuve Sénégal, qui introduisent l'usage des filets dérivants et de la senne de plage. Leur arrivée coïncide avec le développement de l'industrie de transformation et de commercialisation du poisson fumé. A partir de 1960 l'essor de la pêche crevettière, grâce à l'installation d'usines de traitement à Ziguinchor, provoque l'arrivée de nouveaux pêcheurs Toucouleurs et la conversion de nombreux pêcheurs de poissons à la pêche à la crevette [Le Reste, L, et al.:1992]. La pisciculture dans les bassins reste une activité réservée aux cultivateurs des rizières.
4. La Zone du projet
a. les deux villages ciblés :
b. les caractéristiques de l'écosystème humide
Les rizières de bas-fonds sont installées dans une zone de mangrove qui à part le riz, fournit, avec l'estuaire adjoint, les principaux produits nécessaires à survivre dans un milieu rural : poisson, sel, bois. Les rizières sont protégées contre les eaux salées du bolon [estuaire] par des bassins traditionnels de pisciculture. Ses bassins à leur tour sont protégés par une digue périphérique, haute d'une vingtaine de centimètres au-dessus du niveau des plus hautes marées. Ces digues sont traversées par des drains [tronc de palmier évidé], généralement établis au pied de la digue. Pendant la saison des pluies, les drains sont fermés pour retenir l'eau douce et d'empêcher l'entrée de l'eau salée. Ainsi, le rôle principal des bassins piscicoles est de protéger les rizières contre la salinité du bolon. En même temps, les bassins sont exploités. Durant la culture du riz, les drains sont fermés et les crevettes et poissons piégés y grandissent jusqu'au fin de l'hivernage quand les bassins sont vidés. Le reste de l'année, les drains sont maintenus ouverts. Les poissons qui passent sont capturés avec des nasses placées à l'entrée du drain.
Normalement on distingue des petits et des grands bassins [Diallo, 1989]. Les petits bassins sont collés aux rizières tenant la même forme que les rizières, et sont séparés des mangroves et le bolon par un grand bassin. Ces petits basins sont en réalité des rizières abandonnées à cause de la sécheresse et de la salinité. Quand les pluies sont abondantes, les petits bassins sont de nouveau transformés en rizières. Ainsi, les surfaces cultivées varient selon la pluviométrie. La production de riz tourne autour de 1 200 kg/ha/an, tandis que la production dans les bassins traditionnels est environ 355 kg/ha/hivernage.
Les principales espèces capturées dans les bolons et les bassins traditionnels peuvent être catégorisées dans les groupes tilapia sp. [ Tilapia guineensis, Sarotherodon melanotheron] mugil sp. et arius sp. Ce sont des espèces euryhalines qui migrent dès que possible des eaux sursalées vers des eaux saumâtres ou même douces. Quand la salinité monte, seulement les tilapias survivent des salinités au-dessus de 80 pour mille
La production obtenue à la fin de la saison des pluies dans les bassins traditionnels est en moyenne 355 kg ha -1 [référence du village de Djivente], ce qui est faible. Pendant la saison sèche les drains des bassins, munis de nasses, fonctionnent comme un piège à poisson. En fonction des marées l'eau entre ou sort du bassin et les nasses sont placées avec l'ouverture face au courant. Les poissons sont petits [au-dessous de 12 cm] et destinés à l'autoconsommation. Bien que les quantités capturées à chaque marée soient très faibles [0.25 - 1.0 kg ] la totalité piégée durant la saison sèche peut arriver à 50-150 kg par nasse. Les grands bassins ont dans la digue périphérique des tuyaux munis de nasse tous les 80-120 m. Jusqu'aux nos jours, il n'y a pas d'études sur le fonctionnement et les rendements des bassins traditionnels en saison sèche.
Les populations des villages dans cet écosystème humide n'ont, contrairement aux populations des villages dans le reste de la région, pas recours aux cultures des terres de plateaux. En pays Diola, le manque de main-d'œuvre constitue le principal blocage pour le développement. Il est accentué par le fait que, à la longueur de temps de travaux, s'ajoute la pratique des migrations saisonnières. En effet, ne trouvant pas suffisamment de possibilités d'acquérir des revenus monétaires sur place, la riziculture bloquant le calendrier des travaux, les Diola, jeunes mais aussi adultes, ont pris l'habitude depuis les années 50, depuis surtout l'ouverture de la route transgambienne, de partir en exode pendant toute la saison sèche. L'exode saisonnier, d'une forte proportion de la main-d'œuvre active (15%) en moyenne, touche aussi bien les femmes que les hommes. Cette migration saisonnière entraîne une migration définitive forte, elle aussi. Une telle situation se répercute sur la pyramide des âges qui présente une allure très irrégulière en creux aux âges adultes jeunes. La sécheresse a accentué le phénomène migratoire, sécheresse et migration s'enchaînent, s'auto-accélèrent et forment la trame de l'évolution des pratiques sociales dans la région [Chéneau-Loquay, A : 1994].
Cette même sécheresse et la monétarisation ont entraîné une diversification au sein de l'unité de production. Un élément important de différenciation des stratégies de production paysannes est lié à la possibilité d'accès aux terres de plateau. L'accès aux terres de plateau et l'utilisation de pratiques culturales qui en facilitent l'exploitation ont permis aux zones du Nord et du Nord-Est de s'adapter aux cycles de sécheresse. Par contre, dans le Sud où l'accès au plateau est limité, l'accent a été mis sur l'accroissement des bonnes rizières, l'artisanat, la cueillette et le développement de spéculations maraîchères. [Posner, Sall : 1985].
Cette diversification a entraîné à son tour des fractures dans la cohésion sociale et productive. Certains ont choisi une production plus lucrative sur les terres des plateaux ou la pêche au détriment de la riziculture des bas-fonds. Ainsi des parties des grandes digues ne sont plus entretenues et ceux qui continuent à cultiver doivent faire un plus grand effort pour protéger leurs parcelles. Une analyse entre la pluviométrie et les surfaces cultivées en riz montre une dépendance beaucoup plus importante dans le Département de Oussouye où les populations n'ont pas accès aux cultures de plateau. Les populations du Département de Bignona se lancent plus dans les cultures de plateau en périodes sèches. On peut en conclure que la sécheresse a beaucoup plus d'impact sur les populations qui n'ont pas accès aux terres de plateau. En conséquence, les rizières de bas-fonds, les bassins piscicoles et autres ressources naturelles de cet écosystème humide représentent pour ces populations une valeur bien supérieure que ce même environnement a pour les populations dans le reste de la région.
On retrouve cette même limite de diversification dans le choix des activités rémunératrices après la récolte du riz. Par contre, ce choix limité entraîne aussi une certaine cohésion sociale. Comme dans les activités rémunératrices, l'opposition de sexe n'est pas hiérarchique mais plutôt complémentaire : l'homme défriche, laboure les rizières avec le "kadiandou", relève les digues, récolte le vin de palme, pêche au filet, chasse et construit la maison. La femme fume les rizières, sème, repique et récolte le riz, prépare l'huile de palme et le poisson séché, pêche à la nasse, cueille le sel, les huîtres et fruits sauvages et fabrique les pots en terre.
partage du travail selon le sexe| Saison | Mois | Particularité | Femmes | Hommes |
| Houlé | février-mai | saison sèche |
.
commerce
. transport fumier . maraîchage . piller du riz |
.
commerce
. vin de palme . travaux villageois . construction maison . entretien général |
| Bouling | juin-juillet | premières pluies |
.
collecte du bois
. collecte engrais . préparation pépinières . collecte de sel |
.
labour kadiandou
. défrichage . pêche |
| Houli | août-septembre | saison humide | . repiquage | . labour kadiandou |
| Boughit | octobre-novembre | fin des pluies |
.
haricots
. préparation commerce |
.
pêche
. entretien digues |
| Kouagène | décembre-janvier | récolte du riz |
.
récolte de riz
. récolte des haricots |
.
vin de palme
. pêche |
Cependant, à quelques exceptions près, (récolte du vin de palme et des régimes de palmistes, poterie, chasse, cueillette des huîtres, pêche) chaque sexe est interchangeable dans les activités quotidiennes car il possède plus ou moins le savoir-faire de l'autre. Le riz est stocké dans leurs greniers respectifs. La femme doit pendant la saison sèche - de décembre à juin - fournir aux besoins de la famille. Pour cela elle reçoit une partie de la récolte de riz pour mettre dans son propre grenier. L'homme prend la famille en charge pendant l'hivernage, de juillet à novembre. La répartition de la récolte de riz s'effectue d'habitude comme suit : 60% pour l'homme, 10% riz de semence et 30% pour les femmes [Raatgever, 1988:107].
d. la gestion des zones humides
La marginalité des zones humides pour l'homme c'est jadis traduit dans un manque manifeste de législation. Les eaux et les terres avec leurs ressources naturelles respectives étaient exploitées par les populations habitant cet écosystème. Ces populations avaient installé des limitations dans l'exploitation de ces ressources naturelles. Ainsi, la cueillette, la chasse ou la pêche sur certaines espèces étaient défendues dans certaines zones ou pendant certaines périodes. Une exploitation plus intensive et abusive, provoquée par l'arrivée d'immigrants et de nouvelles techniques d'exploitation, a eu des répercussions qui dépassent de loin les frontières de l'écosystème même. Les zones humides sont des zones de reproduction et de repos avec une importance mondiale. Par conséquent, la pêche dans les bolons est maintenant liée à des restrictions bien précises, comme d'ailleurs la coupe de certains arbres.
e. la gestion administrative
IDEE Casamance entretient des bonnes relations avec les services régionaux de la Pêche et celui des Eaux et Forêts, structures de tutelle pour l'exploitation de la zone. Une concertation périodique c'est installée durant l'exécution du projet d'assistance technique aux femmes productrices d'huîtres, en cours.
f. les droits des populations
Les différentes organisations gouvernementales et non-gouvernementales s'investissent de plus en plus dans la collaboration avec les populations pour arriver à une exploitation durable des ressources naturelles. Depuis longtemps, des mesures sont prises par les populations d'un côté pour protéger leur environnement et ses ressources naturelles. Ces droits coutumiers, étant souvent entourés de tabous et de cérémonies, sont en général bien respectés. Plus récent sont les restrictions imposées par l'Etat. Celles-ci sont beaucoup moins respectées, entre autres par un manque de compréhension due à un insuffisance d'information. Ici, un travail important est laissé aux ONG pour sensibiliser les populations et étrangers qui exploitent ces ressources. Ainsi, un multiple de restrictions existe, soit informelles, soit formelles. Pour en citer que celles concernant la pêche aux crevettes : au niveau villageois existent des restrictions de zones et de périodes où cette pêche est défendue, tandis que le gouvernement a défendu la pêche aux crevettes dans certaines zones et avec certaines techniques.
g. autres programmes
Depuis une dizaine d'années, un projet financé par USaid construit des barrages anti-sel entre les bolons et les vallées avec comme but primaire une augmentation de la production du riz dans les bas-fonds. Cette expérience a démontré qu'une intervention humaine à cette échelle a des avantages [une augmentation de la superficie rizicole], mais aussi des désavantages [nuisance de poissons ravageurs dans les rizières, disparition des mangroves]. Comme chaque intervention ou résultat a son prix, nous avons la conviction que, pour aider les populations à vivre dans cet environnement par moyen d'une exploitation durable de ces ressources naturelles, une amélioration d'un système ancestral est dans la ligne de mire.
h. stratégies ou plans d'action
Le gouvernement du Sénégal est bien conscient de l'importance de ces zones humides. Nombreux sont les rapports et plans d'action rédigés, mais pour le moment aucune action n'a pu se réaliser. C'est une des raisons pour laquelle notre proposition de projet a été accueillie avec enthousiasme, de plus que c'est un projet de développement de base dans lequel les populations sont fortement impliquées. Le projet proposé entre dans les directives proposées dans ces plans d'action.
a. Objectifs généraux :Objectifs généraux :
b les activités:
- moyens humains en €
| - étude d'un topographe [f / h] sur les deux sites | 5.640,24 |
| - analyse/conseil d'un expert [f / h] d'analyse des photos aériennes | 2.286,59 |
| - appui/conseil d'un expert [f / h] en aménagement hydraulique | 5.640,24 |
| - appui/conseil d'un expert [f / h] en aquaculture | 11.280,49 |
| - un informaticien [f / h] | 7.682,93 |
| - un coordinateur de projet [f / h] | 21.951,22 |
| - 4 enquêteurs, animateurs [f / h] | 24.146,34 |
| - main d'œuvre villageoise | 9.146,34 |
- moyens matériels en €
| - photos aériennes, cartes, et cetera | 3.658,54 |
| - matériel pour terrassement | 5.335,37 |
| - matériel de bureau et informatique | 1.753,05 |
| - matériel de tuyauterie et de construction pour les écluses et autres ouvrages | 6.097,56 |
| - moyens et frais de transport | 17.945,12 |
| - éperviers, filets, petit matériel d'analyse, aliment, et cetera | 12.195,12 |
- moyens financiers en €
| - pour les moyens humains: | 87.774,39 |
| - pour les moyens matériels: | 46.984,76 |
| - administration & divers | 38.871,95 |
|
Budget total:
|
173.631,10 |
Comme nous l'avons souligné plus haut, l'opposition de sexe dans le mode de production Diola n'est pas hiérarchique mais plutôt complémentaire. La division de tâches laisse une grande autonomie à l'individu. Cette autonomie est récompensée par une responsabilité très spécifique dans le budget familial. Ainsi les revenus ou produits d'activités individuelles sont partager dans les responsabilités familiales, tandis que le produit des activités complémentaires comme le riz est réparti dans les greniers respectifs et se retrouvent partagés durant l'année selon des critères bien précis. La cueillette de petits poissons et la transformation et la commercialisation des produits halieutiques est le domaine des femmes. Le projet est simplement greffé sur un système d'exploitation existant et apporte des adaptions des techniques d'exploitation existantes sans changer profondément l'organisation. Seul atout nécessaire pour une réussite est une cohésion villageoise plus profonde qu'avant.
11. La poursuite
13. Suivi et évaluation
| Désignation | Unité | Prix Unitaire | Quantité | année 1 | année 2 | année 3 | Total |
| A* coûts directs | |||||||
| . honoraires experts | |||||||
| topographe | à la tâche | 2 820,12 | 2 | 5 640,24 | 5 640,24 | ||
| analyse photos | à la tâche | 1 143,29 | 2 | 2 286,59 | 2 286,59 | ||
| hydraulique | à la tâche | 2 820,12 | 2 | 5 640,24 | 5 640,24 | ||
| aquaculture | à la tâche | 2 820,12 | 2 | 5 640,24 | 5 640,24 | 11 280,49 | |
| m.o. villageoise | m³ | 1,52 | 6 000 | 9 146,34 | 9 146,34 | ||
| . salaires | |||||||
| informaticien | mois | 213,41 | 12 | 2 560,98 | 2 560,98 | 2 560,98 | 7 682,93 |
| coordinateur | mois | 609,76 | 12 | 7 317,07 | 7 317,07 | 7 317,07 | 21 951,22 |
| enquêteurs | mois | 167,68 | 48 | 8 048,78 | 8 048,78 | 8 048,78 | 24 146,34 |
| . transport | |||||||
| experts | a/r Dakar | 120,43 | 16 | 1 926,83 | 1 926,83 | 1 926,83 | 5 780,49 |
| bureau | a/r village | 99,09 | 36 | 3 567,07 | 3 567,07 | 3 567,07 | 10 701,22 |
| . voyage | séminaire | 853,66 | 2 | 1 707,32 | 1 707,32 | 1 707,32 | 5 121,95 |
| . communication | mois | 129,57 | 12 | 1 554,88 | 1 554,88 | 1 554,88 | 4 664,63 |
| . frais fonctionnement | |||||||
| bureau | mois | 221,04 | 12 | 2 652,44 | 2 652,44 | 2 652,44 | 7 957,32 |
| assurance/banque | année | 716,46 | 1 | 716,46 | 716,46 | 716,46 | 2 149,39 |
| . équipement |